Festival Coeur d'Afrique
FESTIVAL COEUR D’ AFRIQUE 2009
Kinshasa!
Métropole grouillante. La poussière, la chaleur, une activité intense.
10.000 km2. 7,5 millions d'habitants. Une population vive qui trouve tous les
moyens pour vivre ou survivre. Tous les métiers existent ou s'inventent. Tous les
âges travaillent. L'activité de la ville ne s'arrête quasi jamais. Si certains quartiers
s'endorment parfois, d'autres restent éveillés toute la nuit. Les façades des
maisons, bariolées"de couleurs vives, invitent les passants à s'arrêter. Trafics en
tous genre, légaux ou illégaux, tout se vend, tout s'achète, alcools, tabacs,
drogues, bonbons, papiers mouchoirs, eau potable,... A toute heure, s'improvise
qui veut, sur demande, guide, coursier, vendeur de charbon ou de manioc,
coiffeurs ou cireur de chaussures …
Pour les innombrables musiciens qui vivent là, leur passion est souvent reléguée
au second plan. La priorité c'est survivre, se nourrir, et ensuite seulement, prendre
sa guitare ou celle du voisin, retrouver le plaisir de composer, de communiquer, de
faire danser. La plupart n'ont pas d!instruments, trop chers, trop rares … L'unique
débouché c'est trouver un sponsor, en général une des deux sociétés brassicoles
du Congo, les seules entreprises ayant toujours survécu aux multiples conflits
armés ou politiques du pays. Quand la bière coule, la vie continue. Pour avoir du
travail, un artiste n'a pas le choix": s'il veut avoir les moyens de s'exprimer, il doit
signer avec l'une de ces sociétés. Il disposera alors d'instruments de musique, d'
infrastructures scéniques (son, lumière, la scène elle-même …), des autorisations
nécessaires pour jouer dans la rue, des «"entrées!» à la télévision ou à la radio etc.
Et lorsqu'il sera interviewé, il aura le nom de son sponsor, son image sera celle de
son sponsor, sa voix, aussi, sera celle du sponsor....Oui, tout s'achète au Congo.
En 2004, lorsque Fabrice Masuka revient au pays après 20 ans d'absence, il a
dans sa sacoche une longue expérience de management d'artistes en Belgique et
en Europe. La situation des artistes congolais l'interpelle. Il veut leur offrir d'autres
débouchés. Il se met alors à la recherche d!une équipe prête à affronter le système
en place. Il met sur pied les différentes branches d'un collectif qui a pour but la
promotion et la protection d'artistes de valeurs. Ensemble, ils développent des
activités populaires à travers la promotion d'une école de Capoeira (avec l'aide
d'un maître en la matière : Brazz), la possibilité d'avoir accès à des instruments de
musique, des locaux de répétition, un studio d'enregistrement, et mettent sur pied
un festival de musique : le Festival Coeur d!Afrique. Leur idée": démocratiser l'art,
libérer ses formes d'expression"; donner les moyens à ceux qui en ont besoin, sans
s'aliéner, sans être obligé de représenter autre chose que soi-même.
Chaque année, au festival, de nouveaux artistes sont révélés par ce collectif. Ils
passent par la scène «découverte», puis durant l'année ils travaillent encadrés par
des professionnels congolais et belges, qui les aident à se perfectionner tant en
musique que dans les arts de la scène, les techniques de studio, la composition, la
prise de parole, les réponses aux interviews, etc. Et c'est ainsi que, l'année
suivante, ils montent sur la grande scène. Le plus souvent, le Festival les prend
sous contrat, pour les protéger.
Cette année, le festival en était à sa 4ème édition. Malgré les graves problèmes
d'argent, les autorisations qui n'arrivent pas, les changements de dernière minute,
les imprévus, les défections, les conférences de presse avortées, les paroles non
tenues, le manque de sommeil, les bonnes et les mauvaises intentions, etc, les
deux journées (au lieu de trois) du festival mirent Kinhasa en fête": des artistes de
toute grande qualité se produisirent sur les différentes scènes"; les multiples
facettes de la culture congolaise, d'occident comme d'orient, du nord comme du
sud, furent mises en avant"; des artistes venus de tout le pays ont représenté leur
art librement"; des merveilleuses rencontres eurent lieu, entre artistes belges,
français, congolais"; une exposition d!objets d!art et de peinture attira un public
curieux"; et un prix (le prix “Génération Coeur d!Afrique”) fut remis aux artistes, qui
se retrouvent sur la compilation du festival 2008....
Des découvertes, des confirmations, le festival a en tout cas pris son élan pour la
cinquième édition d!avril 2010, enrichie par l'expérience de cette année …
Bonne chance à toute l'équipe …
…. et à l'année prochaine"?
Gauthier Lisein (mai 2009)