PREMIER CONTACT (mars 2009)
mars - avril 2009 IBI - PERCUSSION
Ah le Congo!
Une des terres les plus riches au monde, terrains et sous-terrains regorgeant de
richesses, onze provinces d'ethnies, de cultures, de langues différentes ...
Les paysages sont grandioses, les ciels remplis de rêves, la lumière tranchante
comme les peuples qu'elle abrite …
Son fleuve aux gigantesques méandres qui traverse le pays, est si puissant et si
beau qu!il a donné son nom aux peuples qu'il nourrit et à la terre qu'il irrigue ….
S'il n'y avait les interminables guerres, ce pays serait le paradis.
Il y a quelques dizaines d'années, naissent au Congo deux frères métis belgo-
congolais, Olivier et Thierry Mushiete. Entre leurs deux pays, ils trouveront leur
équilibre, leur force, leur dualité, mais aussi leur sensibilité, leurs questionnements
et leur fragilité. Leur enfance et leur adolescence sont rythmées par les voyages
du nord au sud, inlassablement. Aujourd'hui, ils sont non seulement africains et
européens, voyageurs curieux et entrepreneurs originaux, licenciés en agronomie,
gestion et administration d'entreprise … mais aussi et surtout, altruistes et
humanistes.
Un jour, ils héritent de leur père Paul, de 21.000 hectares de collines et de vallées
sur les plateaux des Bateke à 150 km de Kinshasa. Une savane légèrement
arborée recouvre l'ensemble des terres. Quelques sources d'eau jaillissent du sol
et offrent la vie à une flore et une faune purement locales. Une maison construite
par leur père lorsqu'ils étaient enfants et quelques cultures de mais et de manioc
qui leur rappellent l'initiative agricole de leur père. A son décès, il a dix ans, ils
décident de reprendre l'entreprise familiale.
Les débuts sont durs. Peu d'argent, peu de main d'œuvre, peu d'infrastructures,
peu de résultats, pas de marché.
L'idée de créer un «"puits de carbone"» leur vient alors à l'esprit.
“Le Puits carbone forestier consiste à reboiser 4 500 ha au rythme de 900 ha par an pendant 5 ans.
Sur ces 900 ha :
-!! !800 ha sont plantés en combinant manioc et arbres dans les mêmes champs,
-!! !100 ha sont plantés en forêt pure.
A l’échéance de 2017,! Ibi Village livrera un minimum de 1 Million de tonnes de CO2 . A l’heure actuelle, il est le seul programme qui livrera des crédits carbone forestiers en République Démocratique du Congo avant 2012. Au total, le Puits Carbone séquestrera 2.4 Millions de tonnes de CO2 de façon permanente, c‘est à dire pendant au moins 30 ans.
Ce Puits carbone forestier remplace la savane herbeuse par un boisement, qui permet d’une part, de piéger le gaz carbonique de l’atmosphère, pendant la croissance des arbres et d’autre part, de faire disparaître les feux de savane, rejeteurs de CO2 et de CH4 dans l’atmosphère.
Après les océans et leur plancton , les puits carbone forestiers sont les stocks naturels qui permettent le mieux de séquestrer le gaz carbonique ou CO2.”
C'est ainsi que naît un commerce viable, en accord avec leurs idéaux.
Des contrats les liants à la banque mondiale ou à Suez leur donnent les moyens de
concrétiser leurs rêves": construction d'une usine à manioc"; construction de
logements pour les ouvriers agricoles"; construction d'une école (6 années
primaires, 6 professeurs"et 120 écoliers)"; création d'une crèche pour les plus
jeunes"; cours d'alphabétisation pour adultes"; construction d'un dispensaire";
installation d'un groupe électrogène (et avec l!électricité (enfin"!), la lumière le soir
(il fait nuit après 18h), les ordinateurs et donc une gestion autonome de
l'entreprise); installation d'une antenne relais pour les télécommunications"; achat
d'un camion, de motos et de voitures pour les transports, mais aussi de tracteurs et
autres machines agricoles pour améliorer le rendement de l'entreprise et le confort
des travailleurs.
Le «"Village IBI"» est né. Il a désormais (presque) tout d'une société": il ne lui
manque que le divertissement, sa culture et une histoire. Les frères Mushiete se
tournent alors vers Fabrice Masuka, directeur du jeune Festival Coeur d'Afrique à
Kinshasa, également belgo-congolais, qui fait venir de Belgique Gauthier Lisein,
musicien, habitué de ce type de projets en Afrique ou ailleurs. Son travail":
rencontrer les habitants du village IBI (issus de multiples ethnies), les réunir autour
d'un projet artistique commun, avec comme but final, intégrer aux nouvelles
structures du Village IBI une dimension culturelle.
Et la rencontre dépasse toutes les espérances": un «"feu de brousse"» embrase un
tiers de la population d'Ibi. Ils sont des dizaines à vouloir jouer, chanter ou danser.
Très vite s'organisent 3 groupes d'interprètes autour des 3 ethnies principales.
Durant 3 semaines, les artistes passeront toutes leurs soirées à répéter musique et
théâtre, à parfaire leurs performances, à élaborer des «mises en spectacle».
L'idée est d'aller représenter le village au festival Coeur d'Afrique qui a lieu à
Kinshasa le premier week-end d'avril. Pour des raisons logistiques, seule une
vingtaine d'entre eux pourront partir à la capitale. Le désir est grand et la
motivation immense. Un concours est organisé afin de départager les lauréats.
Le jury a très difficile à choisir les vainqueurs, parmi tous ces artistes qui se sont
donnés sans compter, qui ont évolué en si peu de temps, qui ont révélé leurs
capacités artistiques, leur adaptation à la notion spectaculaire de leur art, etc.
Mais il fallut bien choisir, et c'est donc avec une vingtaine d'artistes que Gauthier
peaufina le spectacle final, durant trois jours de travail intensif. On construisit des
instruments de percussions portatifs à base de bambous, de lianes, de bouts de
bois, de boites en métal ; on s'échangea les connaissances"; des chorégraphies,
des chants et des “breaks musicaux” furent enseignés d'une ethnie à l'autre; des
costumes aux couleurs d'Ibi furent réalisés"; le tout dans un respect mutuel. La
veille du festival, «l'Orchestre Ibi-Percussion» était prêt.
Avant le départ pour Kinshasa, l'équipe fait une étape en ville, à Matete, au centre
d'Ibi. Fabrice Masuka est venu spécialement de Kinshasa, pour voir la répétition
générale. L'énergie est à son comble. Fabrice n'en revient pas. Il est enthousiasmé
par le professionnalisme, la richesse et les multiples facettes des chanteurs/
danseurs/batteurs. La transpiration des corps, les baguettes percutées sur les
bambous «"faits mains"», les pieds et les jambes qui scandent la musique, les
chants qui entraînent vers d'autres horizons …. un sentiment d'excitation enflamme
la petite équipe de spectateurs présents, qui se lèvent de leurs chaises, et se
mettent à danser avec les artistes, en regrettant ne pas connaître mieux les paroles
et les mélodies pour pouvoir chanter avec eux ...
Et puis, ce fut le festival. Pendant deux jours, l'Orchestre Ibi-Percussion se
produisit dans la foule, entre chaque concert sur scène. Avançant en fanfare sur
des pas traditionnels bateke, ou chantant des airs créoles avec des paroles
adaptées à leurs histoires vécues"; pas de salsa ou rythmes d'Equateur"; chants
ragga et rythme traditionnel accompagnant une saynète de théâtre parlant de leur
quotidien d'ouvriers agricoles, sans oublier l'humour... Le groupe fut surprenant
d'inventivité pour le plus grand bonheur du public.
La première étape de ce projet de développement culturel au village IBI s'est ainsi
achevée, dans un sentiment général de satisfaction et d'accomplissement. La
deuxième étape commence aujourd'hui": trouver des subsides pour ouvrir un local,
acheter des instruments de musique (guitares, basses, batterie, trompette, etc),
engager un musicien/directeur artistique qui pourra donner des cours de musique à
l'école primaire durant la journée et qui encadrera les musiciens/artistes le soir";
promouvoir le développement personnel, humain et artistique de toutes ces
personnalités aujourd'hui inconnues"; créer un groupe de musique (voire
plusieurs), qui animera les fêtes locales, gagnera un peu d'argent, et permettra –
ainsi - d'améliorer les conditions de vie …..
Les cours de musique
et de théâtre
La mise en place.
Création des groupes de musique d'Ibi.